De sa plume délicate, familière aux lecteurs de presse amateurs de BD et de musique, Joseph a récemment publié un splendide recueil de chroniques intitulé nocturne(s) . Dans cet ouvrage agrémenté de magnifiques dessins de Camille Rousseau, il évoque son rapport à la musique qu’il aime (de Serge Gainsbourg aux Smiths en passant par Aphex Twin pour ne citer qu’eux) mais aussi des pans de sa vie au Liban puis en France. « Chaque disque provoque sa réalité et chacun vous permet de construire votre pièce à vous, un lieu à soi, mental et cognitif, imprenable par les autres, mais dans lequel il est possible d’inviter qui l’on souhaite. »
Et pour ceux qui chercheraient d’autres (très) bonnes idées de lecture pour cet été, Joseph a eu la grande gentillesse de partager avec moi quelques précieux conseils. Merci beaucoup, cher Joseph !
« Mes livres préférés changent souvent, ils tournent et varient, d’autant plus que j’ai une quête impossible à achever : trouver les livres idéaux qui remplaceront tous les autres. Avec les années, j’ai appris que c’était impossible, mais je continue. En ce moment, je recommanderais volontiers :

Un jeune homme chic d’Alain Pacadis – je reviens sans cesse à ce livre et la façon dont Pacadis déambulait dans la vie, dans la ville et dans la musique. Affublé d’une image de dandy défoncé, il est bien plus que cela et ce livre le montre vraiment tel qu’il est, un styliste hors pair, qui fait de son quotidien une littérature du vivant.

Wolverine de Frank Miller et Chris Claremont – ce roman graphique m’a ouvert la voie vers la modernité en BD, à la fois par son évocation du Japon, de la ligne de Hugo Pratt et par la complexité des sentiments de ses personnages. Je l’ai lu en arrivant en France en 1984 et je le garde toujours proche de moi : sa lecture n’est pas qu’un refuge, elle est aussi une façon de retrouver de l’élan.

Interpréter de Theodor Adorno : recueil récent mais déjà cher à mes yeux, ce livre reprend des notes et fragments à propos de la façon de jouer et interpréter une musique. Des questions qui me tiennent depuis toujours à coeur et dont j’ai en partie fait un métier. Adorno, lui, en a fait une œuvre.

Du plus loin de l’oubli de Patrick Modiano : mon écrivain favori, par ses manières simples et transparentes d’écrire les choses les plus complexes, à commencer par la mémoire et l’évanescence des sentiments. Je cite ce livre-ci mais il faut tous les lire : ils forment un seul et même long texte qui explore une traversée du siècle.

Je suis un volcan criblé de météores d’Etel Adnan : ce recueil des poèmes d’Etel Adnan est indispensable pour qui veut toucher de près la façon de mettre en mots la sensibilité la plus nue et décharnée qui soit, tout en étant d’une élégance sans faille. Mon seul regret est de n’avoir jamais rencontré cette immense artiste libanaise – je me console dans ses rêveries écrites, qui parlent autant d’amour en temps de guerre que de guerres au sein de l’amour.

Ocean of Sound de David Toop : le livre le plus important, pour moi, sur la façon de raconter la musique et surtout sur les liens que l’on peut tisser entre tout ce qu’on écoute à travers les époques et les années. Rien n’est plus important que cela quand on écoute et écrit à propos de la musique : ne jamais se contenter d’une seule sphère mais comprendre les liens entre toutes.

L’Amérique de Joan Didion : tous les essais de cette femme valent de l’or – ce sont des leçons sur le monde, sur les interactions, sur la position d’auteur et sur la place d’une femme dans le monde. Adulée de tous, elle est surtout au-dessus de tous.

Gone : the last days of the New Yorker par Renata Adler. Grande styliste, à la pensée et l’écriture singulières, Renata Adler a été l’une des grandes figures du New Yorker. Son Gone raconte la fin de ses années dans ce grand magazine qu’elle voyait comme la fin du magazine lui-même. Même si elle s’est trompée, ça n’ôte rien à ce que ce livre raconte sur la façon d’être et de vivre à travers un journal – et, partant, à travers un métier que l’on fait entièrement sien, jusqu’à en adopter les moindres pores, l’identité totale.
PS : proposition subsidiaire : je suis toujours prêt à lire à peu près tout ce que Bayon a publié soit dans Libé soit dans ses propres romans, ou encore dans les livres qu’il a fait éditer. Je recommande de trouver le podcast dans lequel il parle de littérature, c’est splendide.
Et dans la même veine, je dirais qu’à peu près tout ce que Pierre Le-Tan a illustré mérite d’être lu, regardé, offert, volé, relu, racheté… deux maîtres absolus. »


C’est pour Joseph Ghosn que j’achète @madamefigaro, comme j’ai aimé ses passages à Grazia, à Vanity Fair et aux Inrocks. Il a une qualité d’écriture pleine d’âme (soulful) et des affinités culturelles qui me touchent particulièrement.
Trop déçu de ne plus pouvoir trouver ce livre…
Cher Marc, merci pour votre message. Le livre de Joseph Ghosn est à nouveau disponible ici : https://editeur-singulier.myshopify.com/