Le choix d’Hervé Bourhis

Paru en début d’année, le Britbook d’Hervé Bourhis (scénariste et dessinateur) n’en finit pas de me fasciner. Saisissant tout ce qui fait l’essence de la culture pop au Royaume-Uni depuis 1962, des hymnes les plus populaires aux morceaux d’indie rock les plus pointus, des faits d’actualité marquants en passant par l’essentiel dans les domaines du cinéma, de la télévision, de l’humour et de la littérature, le Britbook est un paradis de miscellanées.  Beaucoup de mes idoles sont là, de Dusty Springfield à Fontaines D.C., des Beatles à Teenage Fanclub, de Denim à Pulp, en passant par Richard Hawley, du Ministère des démarches à la con à Larry The Cat (à mes yeux le seul locataire valable du 10 Downing street ces dernières années).

Lorsque cela est nécessaire, l’auteur n’hésite pas à pointer aussi ce qui brise le coeur, du Brexit aux déclarations douteuses de Morrissey, en passant par le déguisement encore plus douteux du prince Harry, et la coupe mulet de Damon Albarn.

Cela fait longtemps que je n’avais pas passé autant de temps dans un livre, avec la très agréable impression qu’on a ici soigneusement compilé pour moi (presque) tout ce que j’aime et que je voudrais ne jamais oublier, en me permettant aussi de découvrir pas mal de choses, notamment grâce à une somptueuse et généreuse playlist. Les dessins sont élégants, le contenu foisonnant et passionnant, et les anecdotes dénotent un humour digne de celui nos « cousins » British, bref la réussite est totale.

En parcourant une telle merveille, j’ai bien évidemment eu envie de savoir quelles lectures peuvent alimenter son auteur (dont vous trouverez une petite bibliographie ci-dessous). Je lui ai donc fait parvenir quelques questions, auxquelles il a eu la gentillesse d’apporter des réponses à la fois drôles et sérieuses, assez à l’image de ses livres.  Merci beaucoup, cher Hervé.

Petit échantillon des richesses de la Perfide Albion.

Un des livres qui vous fait le plus rire 

Globalement, les livres d’Alexandre Jardin.


Un des livres qui vous émeut le plus

Le journal d’Anne Frank. C’est bien écrit en plus.


 Un livre qui vous rend heureux

On va passer côté BD. Goscinny me rend heureux.


 Un écrivain dont le style vous épate particulièrement

Céline. Et par extension ses enfants spirituels, comme Virginie Despentes.


 Un dessinateur dont le trait vous épate particulièrement

Blutch.


 Un livre que vous aimez recommander ou offrir 

« Un homme d’intérieur » de Pochep.

Présentation de l’éditeur : En petits épisodes et sur un ton résolument humoristique, Un homme d’intérieur relate les affres et tourments d’un homme (l’auteur), préférant largement le cadre domestique et de son atelier à celui des folles épopées au grand air. Au fil des épisodes, se dessine son obsession pour la saucisse de Morteau, les techniques de détartrage, les figurines manga, une passion dévorante pour Jimin du groupe de K-pop BTS, l’implacable et terrifiante chute des cheveux… Parfois, le récit dépasse les frontières du 2 pièces pour prendre place sur le terrain de badminton, l’autre passion dévorante de l’auteur en quête de dépassement.

Un livre que vous recommanderiez ou offririez à quelqu’un que vous n’aimez pas 

Je n’offre pas de livres aux gens que je n’aime pas, voyons.


Un des livres qui vous fait le plus peur 

 J’ai de plus en plus peur d’attaquer un roman, je dois bien l’avouer. J’en lis de moins en moins. Soit ça me perturbe trop, soit ça m’ennuie, soit ça m’agace, soit je suis jaloux de l’écriture de l’auteur-trice.


Un de vos plus chers souvenirs de lecture d’enfance 

Roald Dahl. Avant la réécriture sensible.


Un livre que vous trouvez vraiment dépaysant 

Nicolas Sarkozy « Le temps des combats ».  C’est un gars de la Villa Montmorency qui raconte sa vie.


Un roman historique indispensable

« Génération » de Hervé Hamon et Patrick Rotman.


Une des bandes dessinées que vous aimez lire et relire

Tout Bretécher.


Un livre d’art qui vous touche tout spécialement

Alors non, tiens, justement, je cherche un livre sur l’œuvre de Jean Prouvé. C’est généralement rare, vieux et cher. Que font les éditeurs ?


Un des livres que vous regrettez de n’avoir encore jamais lu (et prétendez-vous parfois le contraire ?)

Proust. Mais est-ce que je regrette vraiment ? Oui, un peu. Pas trop. Ça dépend.


Un des livres qui vous donne envie d’écouter de la musique 

Mes propres livres sur la musique j’espère.

(NDLR : oui, ça marche plutôt très bien)


Un disque que vous suggéreriez pour accompagner la lecture

Aucun. Une chose à la fois.


Un des derniers livres que vous avez lu et aimé 

Vertidog de Léonie de Rudder.

Résumé de l’éditeur : San Francisco. Un jeune Français, désabusé par la Silicon Valley, se fait larguer. En cette morne journée, il se lance dans sa tournée de dog-walker, attaché aux toutous dont il a la garde, et erre au gré des notifications frénétiques de son smartphone fêlé. Fasciné par une chienne dépressive aux airs de blonde hitchcockienne, il lui crée un compte, @Vertidog. Des milliers de likes plus tard, alors que la menace d’un incendie plane sur la ville, sa muse canine disparaît… Et ce jour sans fin tourne à la catastrophe.

Petite sélection dans la bibliographie d’Hervé Bourhis (ou la preuve qu’il n’a pas trop besoin d’être jaloux des autres, en fait) :

60 années de musique merveilleusement racontées dans des cases truffées d’anecdotes indispensables (j’en profite pour me venger d’un clip bourré d’animaux effrayants qui m’a fait peur durant toute mon enfance). Dans la même série, du même auteur : Le Petit Livre des Beatles, Le Petit Livre de la Cinquième République, Le Petit Livre de la Bande Dessinée, Le Petit Livre de la Black Music et le Petit Livre French Pop.
Un biopic passionnant et classieux
Effrayant mais important !
Une incursion dans le petit monde de la bande dessinée, acide, drôle et touchante.
1980, John, Paul et Ringo débarquent chez George (qui n’a pas l’air ravi de les retrouver). C’est une fiction, bien évidemment, mais elle est tellement bien documentée que l’on se prend à rêver de ce qui aurait pu arriver si les Beatles s’étaient un jour reformés.
1962, la France prête la Joconde aux Etats-Unis, la façon la plus simple étant de la faire voyager à bord du paquebot France sous l’étroite surveillance du tourmenté André Malraux, alors ministre. La traversée va être mouvementée.

 

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