
Mon tonton Pierre a plusieurs passions : c’est un très grand lecteur, il aime notamment beaucoup les écrits autour de la Seconde Guerre Mondiale, et c’est un fou de généalogie. Je mesure ma chance d’avoir un oncle avec de telles marottes, car grâce à lui, je découvre sans arrêt de nouvelles facettes de mes ancêtres, leurs prénoms, leurs professions, leurs apparitions dans la presse locale et même parfois leur casier judiciaire !… Lorsque je lui ai demandé de m’évoquer une des lectures l’ayant marqué, c’est de La Cache de Christophe Boltanski qu’il a choisi de me parler, un livre qui touche à pas mal de ses centres d’intérêt !

« Je croyais partir à l’aventure, je suis parti à la dérive.
Ce roman qui n’en est pas un, est un véritable kaléidoscope.
Cette famille c’est un cauchemar pour un généalogiste !
Ces allers-retours incessants dans les générations, des personnages aux multiples noms, des oncles et tantes aux origines compliquées sinon douteuses, une cousine qui n’en est pas une …
Je me suis quand même accroché, la plume est belle ! Désarçonné pendant un tiers du livre, j’ai fini par réaliser qu’on était dans le vrai ; pourquoi appeler ça un roman ? Plutôt un roman vrai.
Et puis, presque à mi-parcours, je m’en suis sorti en consultant :

Finalement, j’ai fini par prendre quelques notes, réflexe de généalogiste amateur !
Quand même, tordu cet ouvrage ; produit d’un auteur un peu torturé, qui semble avoir eu besoin de résoudre ses problèmes personnels ! Et accessoirement d’écrire un best-seller. »
Quelques temps plus tard, Pierre me donne un retour très émouvant de la lecture d’un autre livre de l’auteur intitulé Le Guetteur. « C’est fascinant » m’écrit-il. Comme Christophe Boltanski, Pierre a découvert des facettes de sa mère bien après sa mort. « Il arrive que ceux qui sont nés de parents inconnus et avides de retrouver leurs racines entreprennent des recherches. Ce n’est bien sûr pas mon cas, j’ai une filiation connue mais j’ai envie de dire à mon sujet : né de mère peu connue ! » m’écrit mon oncle. « Pour Christophe Boltanski qui connaissait sa mère assez mal, il a appris à mieux la découvrir au travers des documents retrouvés dans sa chambre après son décès. Moi, dans des cartons d’archives, j’ai exhumé tout ce qui raconte l’histoire de la mienne ! » Et que ce soit en regardant le visage de la mère de Pierre que l’on voit grandir de photo en photo, ou en lisant Le Guetteur, on ne peut qu’être profondément touché.

Et parce que Christophe Boltanski est définitivement un maître lorsqu’il s’agit de fouiller dans le passé et de reconstituer des parcours parfois secrets, souvent discrets mais toujours très émouvants, j’ai passé à Pierre Les Vies de Jacob dont le commentaire « C’est du lourd ! », me laisse penser que, décidément, c’est une chance incroyable de pouvoir se promener ainsi dans des tranches de vies à travers des archives généalogiques, des photographies ou des romans finement ciselés, et c’est un vrai bonheur de partager des lectures avec ceux que l’on aime. Merci beaucoup, mon tonton adoré !

Merci! Cela m’a donné envie de continuer la lecture de Boltanski dont j’ai aimé la cache que tu m’avais recommandé Virginie. Généalogiste amateur et apprenti écrivain tout cela me touche!