Je crois que ma maman était très fière que je me lance dans la tenue de ce petit blog. Lectrice passionnée et insatiable, elle était plutôt partante pour que je l’interviewe sur ses ouvrages favoris, mais sa discrétion, sa modestie et la distance ont sans doute un peu ralenti ce projet qui me tenait tant à coeur et qui ne pourra hélas maintenant plus aboutir.
Toutefois, j’ai eu l’impression en parcourant les rayonnages de ses bibliothèques qu’il est possible de retrouver beaucoup d’elle à travers des livres qui je sais étaient chers à son coeur. Il me reste encore beaucoup de choses à ressortir et à redécouvrir, mais cela me permettra de venir mettre cette page à jour régulièrement, et j’espère de vous donner quelques jolies idées de lectures. Et puis surtout de passer encore un peu de temps en compagnie de celle que nous avons tant aimée et qui nous le rendait si bien.

Anne-Marie est née à Villers-sur-Mer dans le Calvados et restera très profondément attachée à sa ville natale durant toute sa vie. Elle gardait un merveilleux souvenir des parties de chasse aux fossiles auxquelles elle se livrait durant son enfance et même assez récemment encore avec ses frères et soeurs. Elle adorait ce roman de Tracy Chevalier racontant l’histoire de Mary Anning dont les découvertes considérables ont totalement bousculé les connaissances paléontologiques du 19ème siècle.

Je pourrais dresser une longue liste de tous les classiques dont regorgent les étagères familiales. Je n’ai pas encore retrouvé les grands romans russes qu’elle avait adorés dans sa jeunesse et qu’elle relisait récemment. Avec ma soeur nous avons choisi cet indémodable de Patrick Modiano qui nous semble très représentatif des goûts de notre mère avec peut-être aussi la Rue des boutiques obscures. Elle a su nous transmettre son goût pour cette littérature du souvenir et ces ambiances souvent vaporeuses. Les romans de Modiano offrent une image très touchante de la région parisienne d’après guerre où elle a grandit et dans laquelle elle se retrouvait probablement beaucoup.
Petite promenade dans les étagères de classiques :




Nos parents se sont rencontrés au théâtre à Paris dans les années 60. Anne-Marie qui fréquentait assidûment le Palais de Chaillot depuis quelques années avait précieusement conservé quelques fascicules reprenant les textes des pièces auxquelles elle avait assisté (elle avait notamment eu la joie d’applaudir Georges Wilson, Emmanuelle Riva ou encore Victor Lanoux qui fit pas mal de théâtre avant de devenir l’inoubliable Bouly au cinéma).

Nos parents nous ont transmis ce goût prononcé pour le spectacle vivant et j’avais eu notamment la joie de les accompagner dans cette même salle en 2013 pour y voir une adaptation d’Ali Baba par Macha Makeïeff avec Atmen Kelif de la troupe des Deschiens que nous avons toujours vénérée.

J’enquête est un livre qu’elle était en train de relire tant elle en gardait un bon souvenir. Ce roman mêlant vol de personnages de crèche, sacristain malhonnête, organiste aux doigts boudinés et vendeuse de produits chaussants sans scrupule résume je pense assez bien quel était son humour, et j’étais particulièrement heureuse de savoir que nous nourrissions le même amour pour cette petite perle.

Dans un tout autre style d’enquêtes, Anne-Marie était une inconditionnelle des bons polars (mais pas trop gores quand même) et notamment de ceux d’Agatha Christie qu’elle a probablement tous lus et relus. Je me souviens très bien de ces petits volumes oranges glissés dans son sac de plage et dont elle connaissait toutes les intrigues par coeur. Plus récemment, elle s’était beaucoup amusée de la série Agatha Raisin de la décapante romancière écossaise M.C. Beaton. Très attachée au cadre des intrigues, elle adorait que ses lectures de romans policiers anglais la transportent dans les Costwolds, magnifique région que nous avons eu le bonheur de visiter ensemble (bien que les meurtres y soient légion si on en croit les écrivains). Elle s’intéressait aussi aux polars bretons qui lui permettaient de parcourir sa région d’adoption de fond en comble, et si elle n’y trouvait pas un grand intérêt littéraire, leurs titres souvent improbables l’amusaient beaucoup (« Auray ô désespoir », « Les Dix de Nantes », « Belle-Île amère » ou encore « Les Galettes de la colère »).

C’est ma soeur qui lui a offert cette série écrite par Adrien Goetz, historien de l’art, et qui en plus d’avoir le mérite d’être délassante traite de sujets qui passionnaient notre maman (peinture impressionniste, tapisserie de Bayeux …) et de lieux auxquels elle était très attachée (Versailles où elle étudia, et Venise dont la visite dans sa jeunesse l’avait absolument enchantée).

Anne-Marie avait une vraie passion pour les lectures très british, de Jonathan Coe qui raconte merveilleusement bien la genèse du Brexit, à Margaret Powell qui a inspiré les scénaristes de Downton Abbey (dans le même registre, elle dévorait également la saga des Cazalet d’Elizabeth Jane Howard) en passant par l’humour dévastateur de Nancy Mitford.

Dans les années 60, Anne-Marie avait lu Citrons Acides de Lawrence Durrell, roman qui raconte la vie de l’auteur à Chypre dans les années 50. Il y a quelques années c’est l’écriture du benjamin qu’elle avait adorée en découvrant le quotidien de cette famille anglaise installée à Corfou à la veille de la seconde guerre mondiale. Gerald Durrell y raconte également sa passion naissante pour la faune et la flore qui l’amènera à devenir un naturaliste réputé.

D’ailleurs la faune et la flore passionnaient aussi Anne-Marie. Voici des ouvrages pratiques qu’elle consultait sans cesse et maitrisait sur le bout des doigts ! Peu de gens peuvent se vanter de pouvoir identifier et nommer avec la même aisance qu’elle une foulque macroule, une bernache cravant, un troglodyte mignon ou un petit pied de dianthus hyssopifolius (petite espèce d’oeillet poussant notamment dans les dunes et qu’elle appréciait particulièrement). Toutes ces petites merveilles et ces noms la réjouissaient à chaque fois autant.
Le troisième ouvrage figurant sur cette photo, bien qu’un peu « niche » est un livre qu’elle a toujours gardé à portée de main avec une grande fierté puisque c’est celui de son frère, ingénieur de recherches INRA et entomologiste dont elle admirait les connaissances incroyables et avec qui elle adorait échanger.

Anne-Marie avait le don de transmettre toutes ses passions, l’une d’entre elles étant la mythologie grecque et romaine symbolisée ici par ce petit guide qu’elle aimait relire régulièrement. Je me souviens également d’un ouvrage illustrant de manière drôlissime les mythes les plus cruels. Du coup j’ai par exemple toujours eu envie de rire en pensant au Lit de Procuste (alors que bon …).

Si nous avons eu la chance de grandir dans une maison pleine de livres, nous avons également eu celle que nos parents nous transmettent leur passion de la musique pop. Ce livre symbolise l’amour que toute la famille a toujours porté aux Beatles et qui n’est sans doute pas étranger au fait que j’aie travaillé pendant 18 ans dans l’industrie musicale.

Notre maman était également très sensible à nos recommandations de lecture. Ma soeur, elle même journaliste, lui avait offert ce livre de Florence Aubenas qui suite à une enquête a pu apporter un témoignage très juste sur la précarité contemporaine. Elles en parlaient toutes les deux en termes très élogieux il y a tout juste quelques semaines et m’avaient convaincue de l’ajouter à ma pile de livres à lire.

Anne-Marie avait également partagé mon enthousiasme pour ce roman dans lequel Iegor Gran raconte la traque de son père par le KGB dans l’URSS dans années 60, réussissant le tour de force d’être à la fois passionnant, émouvant et terriblement drôle. C’est un magnifique hommage d’un enfant à ses parents, c’est aussi pour cela que j’aime tant ce livre et probablement pour cette même raison qu’il avait plu à ma maman.

Anne-Marie se plaisait à dire qu’elle ne lisait pas de BD, mais elle savait faire de belles entorses à ses principes et vouait une immense admiration à Claire Bretécher dont elle découpera religieusement les planches durant des années dans Le Nouvel Obs. Plus récemment elle avait beaucoup aimé Le Retour à la terre de Manu Larcenet et la façon dont Mathieu Sapin s’auto-croquait dans ses albums.

Difficile de faire l’impasse sur la famille Moomin que ma soeur avait découverte dans un bibliobus probablement au début des années 80. Toute la famille s’est immédiatement attachée à ces petits personnages excessivement mignons, des petits trolls à l’apparence d’hippopotames, très proches de la nature et sortis de l’imagination débordante de la finlandaise Tove Jansson. Notre maman avait été ravie de retrouver cet univers plein de poésie, de fantaisie, de merveilleux et de petites leçons de vie dans des aventures publiées sous forme de strips dans les années 2000.
Enfin, voici un livre qu’il aurait été impossible de ne pas lui offrir :

Merci pour tout <3
Salut cousine Vivi.
Cool ce récap litteraire.
Le petit Nicolas, Marie Edwige, Clotaire & cie…
Des grands moments de rigolade.
Bises à tous.
Merci Virginie de partager ton très bel hommage à Anne Marie, c’est très émouvant de découvrir une autre facette de sa personnalité que je connaissais moins.
Un grand merci pour cet envoi, on découvre un aspect un peu méconnu d’Anne Marie.
Nous savions que la lecture occupait une bonne partie de ses loisirs avec le jardinage et c’est surtout sur celui-ci que nous échangions le plus souvent.
Tu es très bien documentée, puisque tu es même tombée sur le
bouquin des insectes des peupliers.
Tu auras certainement encore beaucoup de choses à découvrir sur les lectures maternelles.
Bonne continuation
Bises de Sologne
J’aime beaucoup ce vibrant et vivant hommage à ta maman. Tu nous la fais connaître au travers de ce qu’elle aimait lire et de ce qu’elle vous a transmis. Je te souhaite beaucoup de courage dans cette période difficile, moi-même je vis ce que tu vis et je sais à quel point tout cela nous touche et nous change
Merci pour ce joli portrait, intime et détaillé, j’ai l’impression d’avoir passé un moment avec ma tante !
Superbe texte en hommage à notre chère et aimée Anne-Marie. Ma chère Cousine, tu m’as permise de me reconnecter quelques instants avec ta Maman et découvrir des pans de sa personnalité pour moi inconnus !
Je vais suivre tes conseils de lecture, ou plutôt à travers toi, ses conseils de lecture!
Des bisous!
Très touchant, plein d’amour et ça donne très envie de lire pas mal de livres là dedans… J’aimerais qu’un jour un de mes enfants fasse la même chose pour moi…