Le choix de Julien

En 1996, Julien passe une annonce dans les couloirs de l’université des sciences humaines de Strasbourg afin de recruter quelqu’un pour traduire une interview de Chan Marshall, chanteuse de Cat Power. Sans doute davantage surexcitée que bilingue, je décroche pourtant le job en or. Bon, l’interview n’aura jamais lieu, mais il y en aura d’autres (merci Radio En Construction), et aussi beaucoup de concerts (merci La Laiterie) et de playlists soigneusement préparées pour être diffusées sur les ondes transperçant le brouillard de la vallée de la Bruche le dimanche soir. L’émission de Julien s’appelle Bathysphere, comme la chanson de Bill Callahan. Depuis cette époque je suis certaine d’une chose : Julien a plutôt très bon goût. Aujourd’hui c’est au sein d’une médiathèque qu’il exerce ses talents. Et c’est presque criminel de ma part de ne pas lui avoir demandé plus tôt de me donner des conseils de lecture. On ne se voit pas assez souvent, mais il fait définitivement partie d’un groupe d’amis très cher à mon coeur. Merci beaucoup, cher Julien (des bises à tous les copains, revoyons nous bientôt) !


Un des livres qui t’émeut le plus 

C’est plutôt un roman graphique et ça s’intitule “Blankets, manteau de neige” de Craig Thompson. Une BD qui exprime parfaitement (pour moi) les premiers émois amoureux et la solitude que l’on peut ressentir à l’adolescence… (à lire en écoutant l’album “Cathedral” du groupe Castanets — parfait pour enfoncer le clou).

 


Un écrivain dont le style t’épate particulièrement 
David Lodge, qui mélange humour pince sans rire et écriture de haute volée. J’ai particulièrement adoré son roman “L’auteur! L’auteur ! ”, pourtant sur un sujet qui, à première vue, ne m’aurait pas emballé sans l’insistance de ma libraire de mère…


Un livre que tu aimes recommander ou offrir 
Bien sûr, tout dépend de la personne à qui je veux offrir le livre… Pour un amoureux de la nature, sans hésitation j’offre « Indian Creek » de Pete Fromm, l’histoire d’un étudiant qui va passer tout un hiver à surveiller des saumons au fin fond de l’Idaho…
Et si je veux faire un cadeau “politique”, j’offre “Paresse pour tous” de Hadrien Klent qui imagine un prix Nobel d’économie qui devient Président de la République en prônant la semaine de travail de 15h et le plafonnement des salaires à 6000 euros. Un roman qui fait réfléchir…

 


Un des livres qui te fait le plus peur (mais aimes-tu cela ?) 
J’aime bien ça ! Ceux qui me donnent le plus de sueurs froides (mais peur, faut pas exagérer…) sont ceux qui se déroulent dans des communautés isolées, à l’écart des routes, mettant en scène des psychopathes, un peu dans l’esprit de “Massacre à la tronçonneuse” pour le cinéma. Je citerai “Cul de Sac” de Douglas Kennedy, “La chasse” de Gabriel Bergmoser et “À toute berzingue” de Kenneth Cook qui se déroulent tous dans le bush australien, mais aussi “Bull Mountain” de Brian Panowich qui met en scène des rednecks … “Am Stram Gram” un polar sadique de M.J. Arlidge m’a aussi tenu en haleine assez longtemps.

 

 


Un de tes plus chers souvenirs de lecture d’enfance 
Je crois que ceux qui me viennent le plus à l’esprit sont les bibliothèques vertes et roses avec notamment le Club des Cinq, le Clan des Sept (Enid Blyton), les bandes de copains qui tombent sur des trésors et résolvent des mystères, tout en passant de superbes vacances… Ensuite je me rappelle aussi les Jack London ( “Croc blanc” et “L’Appel de la forêt”), les James Oliver Curwood (“Kazan”, “Le Grizzli”, “Rapid-Eclair”) et aussi “Les cent premières années de Niño Cochise » (Niño Cochise et A. Kinney Griffith), ma période vie sauvage et grands espaces et enfin, à l’adolescence, ma mère m’a fait découvrir les John Fante, Charles Bukowski, Boris Vian, Jack Kerouac et J.D. Salinger (avec le recul, je ne sais pas si c’était pas un peu tôt pour moi…). Bref, tous ces auteurs m’ont fortement marqué…

       


Un livre que tu trouves vraiment dépaysant 
Si je ne devais citer qu’un seul livre, ce serait “Les Manuscrits ninja” de Futaro Yamada : moi qui ai toujours adoré les films de samouraïs, de ronins paumés et de ninjas invincibles (“Les 7 samouraïs”,  “Goyokin, l’or du shogun”, “Héros”, “Harakiri”),  j’ai retrouvé dans ce roman tout ce qui fait le sel de ce genre : des combats surnaturels et sanglants, des méchants psychopathes et pervers, un héros désintéressé et non dépourvu d’humour, un érotisme tout japonais et la visite d’un Japon médiéval de toute beauté…
Mais bien sûr je pourrais aussi vous parler des romans policiers d’Arthur Upfield qui se déroulent dans la communauté aborigène au fin fond de l’Australie ou encore des livres de la collection nature writing chez Gallmeister, un de mes éditeurs préférés…
Ah, et aussi la collection western “L’Ouest, le vrai” lancée par feu Bertrand Tavernier chez Actes Sud et du coup j’en profite pour citer “Lonesome Dove” de Larry McMurtry, un western au long court où les héros doivent convoyer un troupeau de bétail du sud au nord des Etats-Unis à la fin du XIXè siècle. On  y trouve des tempêtes, des tueurs sanguinaires, des indiens… bref tous les ingrédients du parfait roman d’aventure sur plus de 1000 pages…


Un roman historique indispensable 
C’est facile mais j’ai lu toute la collection des Ramsès de Christian Jacq et je dois dire que j’ai beaucoup appris sur cette période… (dixit un ex-étudiant en archéologie & égyptologie…)

    


Un classique qui mérite bien d’en être un 
J’ai peu de souvenirs de classique dans mon historique de lecture, par contre j’ai lu récemment “A Islande” de Ian Manook, un roman hors du temps, et, pour moi, il aurait pu être écrit par un de nos grands auteurs classiques. On y suit les campagnes de pêche à la morue par les marins bretons dans les eaux islandaises à la fin du XIXè. On sent le poisson, les vagues froides qui déferlent sur le ponton et qui cinglent les visages et surtout la beauté des paysages islandais (tiens j’aurai pu le mettre dans ma liste de romans qui dépaysent…).
Sinon, comme j’ai une grosse préférence pour la littérature anglo-saxonne, je pourrai citer sans problème Wallace Stegner, dont les romans “La Vie obstinée” et « La bonne grosse montagne en sucre” notamment se trouvent au sommet de mon panthéon… Pour moi, ce sont mes classiques (ouah, l’autre, comment il a retourné la question…)


Une des bandes dessinées que tu aimes lire et relire 
J’aime beaucoup relire les Gaston Lagaffe (mon héros !) de Franquin et les Blueberry de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier (toujours les grands espaces, les westerns et les héros solitaires…). Mais ces dernières années, Monsieur Jean de Dupuy & Berberian et Lapinot de Trondheim, sont les BD que je relis le plus souvent…


Un des livres que tu regrettes de n’avoir encore jamais lu 
À ma naissance, mes parents m’avaient offert une collection de livres intitulée “Les classiques de la jeunesse” – reliures rouges avec des dorures – où l’on trouvait des titres comme “Robinson Crusoé”, “Les disparus de Saint-Agil”, “Les Voyages de Gulliver” ou “Ivanhoé”, en tout une vingtaine de titres, que je trimballe à chaque déménagement et que je n’ai quasiment pas lus. J’espère vraiment pouvoir les lire un jour ! 


Un des livres qui te donne envie d’écouter de la musique 
Forcément les livres de Nick Hornby, mais aussi peut-être ceux de James Lee Burke qui donnent envie de mettre un vieux blues ou du folk crasseux…

   


Un disque que tu suggérerais pour accompagner la lecture 

Désolé, mais je ne peux pas écouter de la musique en lisant. C’est l’un ou l’autre, je ne dois pas être perturbé pendant mes lectures… 


Un livre que tu recommanderais pour l’hiver 
“Winter” de Rick Bass, qui raconte l’installation au fin fond du Montana et en plein hiver d’un couple de citadins, et pour l’été, “Jours Barbares”, du reporter de guerre William Finnegan qui raconte sa passion du surf…

 


Un des derniers livres que tu as lu et aimé 
Alors c’est plutôt une trilogie non voulue… Je m’explique : les 3 derniers romans que j’ai lus mettent en scène des personnes qui décident de passer un long moment au fin fond du Canada à descendre des rivières sauvages en canoë et bien sûr ces voyages ne se déroulent pas comme prévus… Il s’agit du “Lac de Nulle Part” (Pete Fromm), “La Rivière” (Peter Heller) et “Les Eaux Sauvages” (Kurt et Ellie Johnson). Contemplatifs, mais aussi haletants, ces 3 romans m’ont offert de véritables bouffées d’oxygène dans mon quotidien et m’ont surtout permis de voyager à moindre frais, et ça, ça n’a pas de prix en ce moment !

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