De 1996 à 2003, Emmanuel Plane travaille pour Labels, la maison de disques de Daft Punk, Depeche Mode, Yann Tiersen, Dominique A, Edwyn Collins, Nick Cave ou encore des Pixies, pour ne citer qu’eux. Avec beaucoup d’humour, de sincérité, de passion et d’humilité, il raconte dans J’ai promené le chien de Guy-Man (et autres histoires édifiantes) le quotidien d’un attaché de presse et les coulisses d’une industrie qui s’apprête à vivre de profondes mutations. Pour savoir comment on gère les journalistes, les artistes et les fans, les susceptibilités, les frénésies, les comportements imprévisibles, les extinctions de voix, les grosses colères, pour découvrir qui fut l’artiste le plus dévoué envers lui, et la seule personne à qui durant toutes ces années il se permit de demander un autographe, jetez-vous sur ce livre ! Dans cette photographie d’une époque révolue, aussi divertissante qu’émouvante, vous croiserez même un chanteur en slip (et bien plus encore).
Voici quelques recommandations littéraires qu’Emmanuel a eu la gentillesse de me faire parvenir, et qui complèteront votre playlist de façon assez idéale. Merci beaucoup, cher Emmanuel !
- Je me souviens du rock de Gilles Verlant (1999) Actes Sud

C’est le livre qui me sert de modèle depuis 15 ans. Je n’avais pas fini de le lire que je n’avais qu’une envie : imiter la démarche de l’auteur. Quand Gilles Verlant entreprend en 1998 la rédaction de Je me souviens du rock, il se fixe 3 principes :
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Retranscrire cinquante souvenirs par jour pendant dix jours.
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Ne pas remonter à la source de ses souvenirs.
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Faire l’impasse sur ses souvenirs professionnels.
Ça a donné 39 ans ½ pour tous et, cinq ans plus tard, Basse Fidélité. (ndlr : deux autres excellents ouvrages publiés par Emmanuel sous le pseudo de Philippe Dumez)

J’ai eu l’occasion de rencontrer la personne qui avait édité ce livre chez Actes Sud, et elle m’a confié que Je me souviens du rock avait été un four commercialement parlant. Quelle injustice !
Un extrait au hasard :
269. Je me souviens qu’Iggy Pop est membré comme un jeune éléphanteau.
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Face B de Maxime Schmitt (2007) Le Castor Astral

C’est le Je me souviens du rock de Maxime Schmitt. Ai-je besoin d’en dire plus ?
Maxime Schmitt a eu beaucoup de casquettes dans sa vie, de membre actif du RCA Elvis Presley Commitee à parolier de Kraftwerk. Il le raconte sans rouler les mécaniques, avec une écriture très sèche qui lui va à merveille.
Le hasard a voulu qu’un jour, je rencontre Maxime Schmitt. Il prenait un pot avec un ami. Quand je me suis présenté à cet ami, je me suis rendu compte que c’était Ralf Hütter de Kraftwerk. Je ne me suis pas lavé la main pendant 15 jours !
Maxime Schmitt est l’auteur d’une trilogie : Face B, consacré à sa relation à la musique, Cinéma perdu (Le Castrol Astral), et Vélo volé (Gallimard), consacré à sa passion pour la petite reine. Ils sont tous les trois strictement indispensables.
Un extrait :
Le soir de cette fête, Willy DeVille doit raccompagner Marc Bolan. Je l’en dissuade. Cette nuit, Bolan disparaît dans un accident de voiture. Le dernier des T-Rex.
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L’Enfant du rock de Philippe Manoeuvre (1985) Lattes puis réédition au Livre de poche (1986)

François Gorin, dans le séminal Sur le rock, explique que, sans la musique, il n’aurait certainement pas écrit. Moi, sans la musique, je n’aurai certainement pas lu. Les seuls livres que j’ai achetés avec mon argent de poche étaient des livres sur le rock. Le premier d’entre eux étant L’Enfant du rock.
On a tendance à oublier que derrière Philippe Manoeuvre – le verbe, il y a Philippe Manoeuvre – la plume. Cette première autobiographie publiée en 1985 en est une démonstration magistrale. Comme dans les meilleurs 45 tours, il y a à la fois la mélodie et le rythme. Pour mon petit plaisir, je relis parfois, à haute voix, le premier chapitre, consacré à ses déboires avec Motörhead.
Un extrait :
La groupie italienne dégrafa lentement les boutons de mon jean et fit une grimace gourmande. Elle engloutit tout ce qui dépassait tandis que j’empoignais en gémissant ses seins lourds et blancs. C’est à ce moment que la porte a explosé. Et les Motörhead sont entrés dans ma chambre. Les Motörhead. Trois gigantesques Anglais, chevelus, sanglés dans leurs cuirs noirs cloutés. Motörhead, le cheval de fer du hard rock !
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Je me souviens de Joe Brainard (1997) Actes Sud.

Je lis souvent “un inventaire en forme d’hommage à Georges Perec”. Il faut rendre à Joe Brainard ce qui est attribué à Georges Perec : c’est lui qui est à l’origine du système narratif à base de “Je me souviens”.
Né en 1941 dans l’Arkansas, Joe Brainard s’installa au début des années 60 à New York, où il mourut en 1994. Il fut un artiste plasticien très prolixe : peintre, dessinateur et collagiste. Mais ce qui me touche le plus, c’est le récit sous la forme de “Je me souviens “ de son éveil, aussi bien à l’art qu’à la sexualité. Perec a détourné son système narratif mais il n’a pas gardé le principal : ce qui, au-delà de l’anecdote, touche à l’intime. Même si je vis dans la même ville que Perec, je me sens beaucoup plus proche de Brainard.
Au Centre international de Poésie de Marseille, j’ai découvert qu’avant d’être réunis dans un seul et même volume, les Je me souviens de Joe Brainard avaient été publiés sous la forme de trois fascicules tirés à un petit nombre d’exemplaires : I Remember, I Remember More et More I Remember More. Un peu comme des fanzines.
Le Centre international de Poésie en possède un signé par Brainard. Je serais bien reparti avec.
Un extrait : Je me souviens des moments de silence à l’église quand mon estomac décidait de gargouiller.
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172 détails de mes 19 ans de Violette Gauthier (2024), L’Oie de Cravan.

Est-ce que Violette Gauthier a déjà lu Perec ? Est-ce qu’elle connaît Joe Brainard ? On s’en fiche. Elle a décidé de dessiner ses souvenirs plutôt que de les écrire. Le carnet jamais rempli, l’oscilloscope d’angoisse, les bruits après le cinéma, l’amitié disparue, la camionnette de la prof d’espagnol… C’est un inventaire poétique beaucoup moins accessoire qu’il n’y paraît, où Violette réussit l’exploit de raconter beaucoup à base de très peu.
Un extrait : Les nouvelles clés, chez lui, chez elle, boîte aux lettres encore partagée.
Voici enfin un petit échantillon de ce qu’Emmanuel aka Philippe Dumez a publié depuis les années 90 : des fanzines aussi divertissants qu’exigeants ou encore une émouvante enquête sur son parrain savamment distillée par voie postale et qui tint les lecteurs en haleine pendant quelques mois de 2017.

Emmanuel a également une grande passion pour le cinéma qu’il célèbre avec toute son inventivité dans cet ouvrage publié en 2022. Il y explore les films qu’il aime via des anecdotes et des captures d’écran qu’il reprend en photo sur les lieux de tournage tels qu’ils sont de nos jours – les amateurs se feront une joie de parcourir son compte Instagram @lesuperposeur.



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